Articles de guy-bouton-devarennes

  • Un an après...

    Ce 6 juillet 2024, nous accueillons le 4 000 ème "visiteur unique" sur notre site, depuis la sortie, il y a treize mois, de mon livre : Une histoire d'amour (1945-2005), dont le personnage principal est Roger Quilliot, l'ancien ministre de François Mitterrand. Et je remercie tous ceux qui ont lu le livre.

    J'en profite pour rappeler son dernier message, juste avant son suicide, en cette veille d'élection : "La peste est toujours menaçante, le monstre du racisme et de l'intolérance rase toujours les murs sous les couleurs du FN et des éternels vichyssois. Rien n'est jamais acquis." En effet, Pétain, à son arrivée au pouvoir, se disait sauveur de la France. Il avait été applaudi. Peu après, il emprisonnait les Socialistes et les Communistes, et il raflait les Juifs et les faisait déporter dans les camps... 

    Et l'explosion de violence n'a pas tardé après l'élection européenne : viol il y a une semaine d'une adolescente juive, lettre raciste au domicile du journaliste de France Télévisions Karim Rissouli ("plein le cul de tous ces bicots"), tracts anti-Noirs aux domiciles et sur les voitures de destinataires bien ciblés ! On compte déjà, évidemment, sur l'impunité... Je me souviens qu'il y a un peu plus d'un an, le journaliste de La Montagne Malik Kebour avait déjà subi des intimidations de la part de personnalités du RN du Puy-de-Dôme à l'occasion d'une enquête. Il lui avait été recommandé de retourner à son bled. Il avait intelligemment répondu qu'il n'en aurait pas pour longtemps, puisqu'il était né à Thiers, en Auvergne...

    Alors, comme disait Roger Quilliot : "Bon courage" !

  • De l'insécurité...

    Bonjour.

    Certains disent que j'exagère lorsque je parle de la menace des extrêmes, que les temps ont bien changé...

    Mais alors, comment expliquer que le stalinisme ait repris le dessus chez Poutine ? Un peu comme une seconde nature, grâce à tout ce qui lui avait été inculqué au cours de sa brillante carrière au KGB... Le désir de conquêtes, de suprématie, bref, l'impérialisme, le démangent de tous les côtés. Après avoir cherché à tromper les démocraties, Poutine n'est donc en définitive qu'un vrai stalinien d'aujourd'hui, fidèle au Staline boureau d'hier, et ami de Kim Jong Un !

    Et si l'on reparlait du fascisme, me dit l'un d'entre vous... Il me rappelle qu'à son origine, il y avait le désordre et l'insécurité : des bandes écumaient l'Italie. Les gens avaient peur de se déplacer. Mussolini a rapidement répondu à leurs revendications, tout simplement en incorporant ces bandes dans ses "chemises noires". Et l'ordre et la sécurité étaient aussitôt revenus ! Dès lors, les mêmes bandes, mais en chemises noires, se défoulaient en assassinant les opposants au régime, puis en arrêtant les juifs. Plus personne ne revendiquait.

    Aujourd'hui, on se plaint chez nous du désordre et de l"insécurité... Or, les mêmes causes, on le sait, produisent toujours les mêmes effets ! D'ailleurs, Poutine, qui manquait de soldats, a fait lui aussi sortir tous les assassins de ses prisons pour les incorporer dans son armée afin de les envoyer massacrer les Ukrainiens ! Mêmes extrêmes, mêmes dictateurs, mêmes méthodes. Alors, cette fois-ci, puisque nous le savons, réagirons-nous à temps ? Ou nous apprêtons-nous à crier à nouveau : "Vive pétain" (ou son équivalent) ? (NB Je ne mets de majuscule qu'aux noms propres)

    Alors, "bon courage !" comme le disait Roger Quilliot dans son testament (voir page de nos entretiens avec D. Bresson). Car il me semble qu'on lorgne déjà sur nous...

  • Le retour de la peste brune après les élections européennes de 2024 ?

    Naïvement, une commerçante, sur le marché, répondait à un journaliste pour le J.T. : "Oui, j'ai voté pour le RN aux Européennes. Les autres, on a vu ce qu'ils ont fait, rien de bien. Eux, on ne sait pas ce qu'ils feront. Il faut leur donner leur chance..." FAUX ! Eux aussi on sait ce qu'ils ont fait avant. L'Italie a connu le fascisme ; le Portugal et la Grèce ont eu leurs généraux ; nous, nous avons eu Pétain et Hitler. Hitler qui a été démocratiquement élu par une foule de gens ordinaires qui ont dit, déjà, à cette époque : "Les autres, on a vu ce qu'ils ont fait, rien de bien. Lui, on ne sais pas ce qu'il va faire, il faut lui donner sa chance !" Et l'on a vu ce qu'il a fait ! Il a fallu appeler le monde entier à l'aide, ensuite, pour s'en débarrasser !

    Aujourd'hui, j'ai l'impression que la peste brune cherche à faire son retour. C'est pourquoi j'ouvre à nouveau mon blog. Uniquement pour se souvenir. Et alerter. Car la peste brune se répand aussi rapidement qu'un bacille ou un virus, mais elle s'éradique plus difficilement. En effet, la démocratie a tous les défauts, elle énerve, elle ne plait à personne. Mais la peste brune décervelle, tue la liberté, dégrade et deshumanise l'homme, nourrit les sentiments les plus honteux, les plus détestables, lâche les chiens de la barbarie. Il n'y a rien de mieux, en définitive, que la démocratie. Sauf qu'il faut avoir la volonté de la défendre.

    Aujourd'hui, le moment est donc revenu, me semble-t-il, de résister à nouveau à la peste brune, ou bien de se résoudre à trahir les valeurs qu'on aime, auxquelles on croit, auxquelles on tient, bref, se résoudre à se deshonnorer encore une fois... Lisez l'avertissement posthume de Roger Quilliot dans les "entretiens avec Damien Bresson" sur ce site. C'était le personnage principal de mon livre : Une histoire d'amour (1945-2005). Aujourd'hui, j'écris la suite. Car je pense qu'il va y avoir de quoi...

  • LE RETOUR DE "LA PESTE" (avril 2020)

    Sur l'île de Mayotte, les camions militaires débarquent du navire en provenance de France du matériel médical et des vivres. Les habitants s'agglutinent autour, tendant les mains. Une femme crie : "Le virus, Dieu s'en charge, il nous protège. Mais donnez nous à manger, nos enfants vont mourir de faim". On pensait jusque là que Dieu commençait par pourvoir à la becquée quotidienne de chacun de ses enfants. S'il ne fait même plus celà, comment pourrait-il guérir les gens ? C'est qu'il est mort. S'il ne fait même pas celà, malheureusement pour nous, c'est qu'il n'est pas.

    En Italie, par manque de place, on a transformé des hôtels en hopitaux à Bergame. Mais c'est à New-York que le spectacle donné par le pays le plus riche du monde fait peine à voir. Après avoir été stockés dans des camions frigorifiques, des centaines de victimes sont enterrées côte à côte et superposées dans leurs cerceuils au fond de fosses communes sur l'"île aux morts" qui s'apprête à recueillir peut-être vingt mille victimes du virus réclamées par aucun proche au bout de quatorze jours ou dont les familles n'ont pas les moyens de s'occuper. 

    Selon Investir du 10 avril 2020, les inscriptions au chômage devraient dépasser 20 millions en avril. Or plus de la moitié des employés bénéficient de l'assurance sociale de la société dans laquelle ils travaillent. La pluspart de ceux qui perdent leur emploi perdent donc également leur assurance-maladie. Selon l'Economic Policy Institute, ce sont déjà plus de 3,5 millions d'Américains qui ont perdu leur couverture sociale sur les deux dernières semaines de mars et qui viennent s'ajouter aux 28 millions qui ne sont pas assurés. Or une hospitalisation liée au Covid-19 coûte entre 45 000 et 75 000 dollars. Que pourront bien faire d'autre  toutes ces familles pauvres que laisser mourir et enterrer loin d'eux leurs malades ?...

    En France, le 16 avril on a passé le cap des 17 000 morts ; dans le monde, 132 000 dont les 2/3 en Europe. Le 17 on compte 4 500 décès aux Etats-Unis en 24 h et 761 en France, ce qui porte à 18 681 le total. C'est donc plus qu'une grosse grippe. Mais aux journaux télévisés, on nous dit tous les jours que ça s'améliore, et on donne de plus en plus rapidement les chiffres : ça, au moins, c'est bon pour le moral.

    Parallèlement, les savants semblent savoir de moins en moins de choses. Par exemple, il est de moins en moins certain qu'une fois guéri on soit immunisé ; et si l'épidémie semble régresser aujourd'hui, il se pourrait bien qu'elle revienne en force à l'automne, et voire même courant 2021, comme la grippe espagnole l'avait fait en 1918 ; ça, c'est moins rassurant. D'autant qu'avec 20 265 morts aujourd'hui 20 avril en France il faut bien se résoudre à prendre ce virus au sérieux.

    Sauf aux Etats-Unis, où malgré les 40 000 morts, beaucoup pensent que Dieu les protège, et que seule compte la liberté de chacun de faire ce qu'il veut. Pendant ce temps le prix du pétrole chute et les producteurs d'huile de schiste commencent à fermer. Mais pas qu'eux. La chute du prix du baril rend le bioéthanol moins compétitif et en conséquence les prix du maïs américain et de la canne à sucre brésilienne, qui servent à la fabrication de ces carburants "propres" (amidon et sucre), s'effondrent à leur tour. L'économie mondiale n'est pas sortie d'affaires. Mais aux Etats-Unis, pays de la liberté "du renard dans le poulailler", l'activité reprend malgré 1740 morts de plus en 24 heures le 22 avril.

    Et ce satané virus continue à surprendre. Un malade en voie de guérison rechute brutalement et violemment au bout de six semaines. Et voilà que les chercheurs de l'hôpital de la Pitié-Salpêtière découvrent que les fumeurs résistent mieux que les autres à l'infection, la nicotine ingurgitée faisant barrage. Allons-nous nous remettre à fumer ?... Sauf que comme tous les médicaments la nicotine est un poison, et que le tabac contient  d'autres poisons encore que la nicotine. Le remède serait donc bien pire que le mal puisque le tabac tue 7 millions de personnes par an dans le monde, et 73 000 rien qu'en France, soit près du double des victimes du virus à ce jour... Mais on ne s'en émeut même plus, pas plus que des accidents de la route dus à l'alcool.

    Pendant ce temps la nouvelle peste s'insinue dans les villes. Elle pousse les confinés chaque jour un peu plus loin, jusqu'aux limites de la folie : on frappe sa femme, on tue son bébé, on envoie des lettres anonymes. On ne sait pas ce que sera le jour d'après, mais le jour de maintenant devient pesant. Heureusement, ce confinement nous aurait épargné 60 000 morts. Mais une nouvelle souche du virus plus difficile à détecter et plus résistante serait apparue en Chine.

    Les gouvernements vont donc emprunter des milliards aux banques centrales, qui vont, elles, créer de la monnaie, afin de subventionner l'activité économique à l'arrêt, mais ça ne leur pose aucun problème. Cependant, des millions de pauvres continuent à mourir de faim dans le monde, mais personne ne cherche ni remède, ni vaccin, contre la faim. Et il y a toujours des guerres, des massacres, mais c'est simple, on ne les montre plus. Les journaux télévisés débordent déjà tant d'images de confinés malheureux aux balcons, et aussi, heureusement, d'initiatives solidaires ici ou là. Le tiers-monde affamé ou sous les bombes, c'est où déjà ?...

    Certes, vous et moi, nous sommes toujours vivants. Mais vivement que ce livre paraisse, "Les grands et les petits". Et créez vous aussi. Ce que l'on crée, grand ou petit, prolongera notre vie d'autant.

  • LE RETOUR DE "LA PESTE" avec la Covid-19 (mars 2020)

    Je reprends ici le récit interrompu en 1947 par le Docteur Rieux avec cette phrase d'Albert Camus : "Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais". Aujourd'hui le virus succède au bacile mais le spectacle est le même, tout aussi déconcertant. Camus a évidemment tout dit avant moi. Et c'est tout de même désolant à la fin, ces gens qui vous piquent toutes vos idées avant... Je persisterai néanmoins.

    En effet.

    A chaque journal télévisé les statistiques augmentent, et avec les statistiques, la peur de chacun pour ses proches mais surtout pour lui-même. Nous réalisons que nous sommes mortels. Heureusement, disent les journalistes, les manifestations d'altruisme, et de soutien aux personnels soignants se multiplient. Les coeurs s'ouvrent, deviennent aimants ; la bienveillance remplace les méchancetés. "Plus rien ne sera plus jamais comme avant" a dit notre jeune président. Il a bon fonds, et de la bonne volonté, du bon "vouloir" comme on dit, derrière son front d'adolescent buté.

    En effet. Le jour même on vit des autos d'infirmières fracturées pour y voler du matériel à revendre. L'une d'elle s'exclamait : "Prenez donc aussi ma sacoche pour aller travailler au bloc à ma place ce soir !" On vit aussi un ingénieur menoté : il avait volé deux respirateurs et des masques dans son hôpital. Et plusieurs soignants avaient trouvé dans leur boite-aux-lettres le soir, en rentrant d'une journée harassante, des lettres anonymes leur conseillant de déménager, et en attendant, de stationner leurs voitures plus loin.

    J'ai demandé à mon ami Vincent ce qu'il en pensait. Il m'a dit que pour lui, on voyait bien ainsi que la peste était toujours là, et qu'elle n'avait jamais quitté certains coeurs. Qu'au contraire un temps endormie, cachée, entre les pages de livres poussiéreux, ou dans les méandres de cerveaux fatigués, elle reprenait vie brutalement, et rejaillissait d'homme en homme, de crachat de haine en cris de méchanceté baveuse, à l'infini répercutée. Ah elle n'était pas loin ! Et d'un seul coup elle renaissait partout, remontant à l'assaut d'une Humanité qui, une fois de plus, écarquillait les yeux sans y croire... Vincent, comme on le voit, est philosophe et réfléchit beaucoup.

    J'en ai donc profité pour lui demander : Et Dieu dans tout ça?

    Vincent me répondit qu'on savait bien aujourd'hui que la contagion de l'est de la France provenait d'une réunion de croyants dans une église évangélique. Ils célébraient ensemble leur foi dans la joie. Ils honoraient et remerciaient leur dieu, et non seulement ils furent foudroyés, mais encore ils furent envoyés vers leurs frères et leurs parents pour aller en foudroyer d'autres. Celà fut pire qu'un attentat. Puis, il y a trois jours, au milieu de la cohorte quotidienne de cadavres, une jeune fille de seize ans, qui riait de toutes ses belles dents, est morte elle aussi ; ainsi qu'un enfant belge de douze ans, forcément innocent. Que comprendre de cette succession d'horreurs ? s'interrogeait Vincent. Pour lui, on constatait avec effroi, si toutefois on y croyait encore, que l'idée d'un Dieu bon et juste, décidément, et définitivement était inconcevable. Or si Dieu n'existe pas, l'homme est seul. Pas d'autre choix donc que de se battre en s'unissant. Je lui répondis que je pensais bien qu'il avait raison, mais que malheureusement, l'homme n'a besoin ni de dieu ni de diable pour réveiller à tout moment la peste qui dort et être un fléau lui-même pour l'humain. Il m'a répondu que nous pensions trop.

    A ce stade, je dois vous parler de mon ami Phil. Il a souvent des idées inattendues, et parfois divertissantes. Il me demandait hier si j'avais remarqué qu'on parlait de plus en plus des gros qui mouraient plus que les autres. J'avais vu en effet à la télévision les couloirs des urgences à Madrid encombrés de rangées de gros corps les uns derrière les autres. Chez nous aussi on voyait des successions de gros corps sur des civières partant vers les ambulances, puis le train, puis ailleurs. Les gros tombaient malades plus violemment que les autres et résistaient moins au virus. On vit même une femme de deux-cents kilos descendue au bout d'un cable par son balcon parce que le lit ne passait pas par l'escalier. Phil ne comprenait pas pourquoi, ce qui avait le don de l'agacer. Il en avait même parlé à son ami Hubert, qui est scientifique dans l'aviation, ainsi qu'à sa femme de ménage, sans succès. La réponse vint finalement, de façon très inattendue, d'une amie de la femme de ménage, voyante de son état.

    D'après la voyante, on savait déjà depuis longtemps que "on est foutus, on mange trop". Puis la mode était venue que le gras n'était pas laid, que les gras avaient le droit de vivre, de bien s'habiller, et même de se trouver beaux, qu'ils étaient en réalité une forme de la diversité ; et cela avaient encore aggravé le problème. C'est là que la révélation de la voyante devenait intéressante. D'après elle, la couche de gras dont l'humanité s'était recouverte progressivement au fil du temps avait sans doute fini par faire dévier dangereusement la trajectoire de la terre. Celle-ci, poussée à bout, avait donc réagi en se secouant pour se débarrasser d'un peu de ces corps gras, comme un chien secoue son pelage poussiéreux ou mouillé, ce qui avait sans doute eu pour conséquence de libérer le virus.

    J'ai dit à Phil que l'idée était originale, mais qu'il devrait peut-être laisser un peu tranquilles un moment ses bouteilles de "single malt", et que vivement qu'ils rouvrent le port après la peste pour qu'il puisse retourner naviguer.

    En attendant, on voyait maintenant les camions semi-remorques frigorifiques s'installer, bien rangés les uns contre les autres au pied des grands hopitaux de New-York A l'intérieur des menuisiers installaient des étagères en bois prêtes à accueillir les cercueils. Aussitôt plein, chaque camion conduirait sa cargaison à la crémation. La ville prévoyait pour l'instant entre cent et cent-quarante mille morts. Il y avait déjà un mort toutes les trois minutes. Alors on construisait un hopital de tentes à Central Park, et un bateau infirmerie arrivait dans la baie. L'Amérique voyait décidément toujours les choses en grand et était en avance sur tout.

    L'industrie de la finance étant devenue internationale, celle de l'escroquerie l'était devenue aussi : les offres de fourniture de matériel aux hopitaux et aux pharmacies avec demandes de virements se multiplièrent, évidemment sans livraison au bout. D'autres allaient plus vite et cambriolèrent donc directement certains hopitaux pour revendre le matériel à d'autres. La peste était donc bien en train de se répandre.

    Chez nous il fallait parfois faire accompagner les infirmières par un garde du corps, le soir, jusqu'à leur domicile. Et l'on n'avait plus assez de masques pour se protéger, plus de savon pour se désinfecter, et presque plus de respirateurs pour faire survivre les malades intubés. Phil me dit que son voisin Francis lui avait dit que c'était normal : les Chinois avaient tout celà parce qu'ils en fabriquaient. Nous, on ne fabriquait plus rien dans nos villes et nos campagnes ; les usines et les ateliers avaient été fermés partout, comme à La Garennes, le pays de Phil et Vincent. Francis avait continué en disant qu'on ne pouvait pas être bon partout et qu'on ne pouvait pas tout avoir : nous on avait les black blocs, qui savaient cramer les radars, les péages d'autoroutes, les banques et les préfectures. Phil lui avait dit qu'il exagérait. Mais pendant ce temps le virus gagnait. Un entrepôt frigorifique fut donc réquisitionné au marché international de Rungis pour loger les cadavres avant de les enterrer. A Madrid il fallut transformer trois patinoires en morgues. C'était glaçant.

    Et après une accalmie le dimanche, jour du Seigneur, ou peut-être grâce au pape qui avait béni les rameaux, le nombre de morts repartit à la hausse, de 357 à 605 lundi 6 avril dans les hopitaux, plus 200 en maisons de retraite. Pour pâques, les cloches s'apprêtaient à sonner le glas.